Histoire du jazz

Introduction :

Le jazz est une musique étroitement liée à l’histoire des USA, de l’esclavage, et des droits civiques des noirs.
Cette musique est née à la fin du 19eme siècle, elle a donc un peu plus de 100 ans.
Au cours de son évolution elle s’est nourrie des musiques du monde, c’est une musique totalement ouverte qui aujourd’hui est jouée partout dans le monde.
C’est une musique qui donne une large place à l’improvisation.
Quelques repères :
1850 : chant de travail des esclaves, mélange avec la musique religieuse naissance du Gospel
1865 : fin de la guerre de sécession naissance du blues 1900 : Orchestres « New orleans »
1920 : début des grands orchestres ( New York – Chicago) 1930 : Naissance du Swing, le Jazz fait danser
1940 : Début du Bop : petites formations, virtuosité et improvisation
1950 : le Cool : Jazz blanc (ou west coast)
1955 : le Hard Bop : Jazz identitaire noir
1960 : le Free : contestation des noirs contre l’ordre établi niant leurs droits.

Jazz : D’où vient le mot Jazz ?

On ne connait pas bien l’origine du mot, mais dans les diverses hypothèses on
trouve des liaisons avec :
– la danse
– le rythme
– l’exaltation
Une chose cependant semble acquise, c’est plutôt un mot d’origine blanche (le premier orchestre portant le nom de Jazz était composé de blancs) Enfin le mot Jazz a été rejeté par les noirs impliqués dans la lutte pour leurs droits qui préféraient parler de musique Afro-américaine.
Origine:
L’histoire du jazz débute avec la déportation des noirs d’Afrique vers le continent Américain. Les africains privilégient la vie communautaire. Les rapports sociaux sont souvent exprimés au travers d’un rituel, la plupart du temps c’est la musique. Elle est le ciment social pour tous les évènements de la vie.
La musique faite de chants rythmés par des tambours tient la même place que la parole dans nos sociétés.
En Amérique, les noirs découvrent les blancs et leur culture, ils développent une nouvelle musique en quelques générations, en effet dès le départ les esclavagistes interdisent la musique traditionnelle par peur de voir naitre un moyen de communication clandestin. Par conséquent la seule musique que les noirs peuvent entendre est celle de la tradition européenne, ils découvrent aussi la musique religieuse qui les amènera aux spirituals. C’est un genre qui pourra se développer car les esclavagistes étaient rassurés par ces noirs qui chantaient à l’office.
Après la guerre de sécession en 1865, Il se forme ainsi une corporation de musiciens noirs professionnels affranchis ou non qui commence à diffuser une musique inspirée de la tradition africaine mais aussi de la tradition occidentale.
C’est à cette époque que nait le blues, directement inspiré des chants de travail. A cette époque également une autre musique importante pour le Jazz apparait : le RAGTIME (mot à mot : le temps déchiré). C’est une musique plus restreinte jouée par des noirs qui ont une connaissance poussée du répertoire européen du 19e siècle.

Blues :

Aux racines du blues on trouve les danses et musique des terres africaines. Coupées de leur contexte et de leur fonction sociale et culturelle, ces musiques souvent interdites sont restées dans les mémoires des esclaves où elles se sont fragmentées et déformées et frottées aux musiques des terres américaines (langue anglaise, musique populaire ou classique européenne). Le blues émergera de cet ensemble hétérogène et marquera l’installation de la communauté noire dans son nouvel univers.
New Orleans – New-York – Chicago
Dans les dernières années du 19eme siècle, la N-O est un véritable carrefour des musiques, africaines, blues, gospel, antillaises, marches militaires, espagnoles, françaises. C’est dans ce bouillon de culture que nait et grandit le jazz. En 1917 l’administration décide de la rénovation du quartier Français, quartier de tous les plaisirs et donc quartier des musiciens. Ce décret marque l’exode des musiciens vers d’autres lieux qui avaient commencé également à s’éveiller, principalement New York et Chicago . Le jazz prend son envol.
Avec l’entrée en guerre des Etats unis, il y a même une première exportation de cette musique à l’étranger.
A chicago deux solistes émergent King Oliver au cornet, et Louis Armstrong à la trompette.
A New-york d’autres exilés de la Nouvelle Orleans font leur trou également, ainsi : Sidney Bechet.
En 1920 à New york apparaissent les grands orchestres, A cette époque des pianistes noirs jouent un dérivé du blues que l’on appelle Boogie-Woogie. Ce style sera repris dans les années 50 par le Rock n Roll
En 1926 apparait la première véritable esthétique orchestrale avec la formation de Duke Ellington dont la réputation ne va cesser de grandir, il triomphe au fameux Cotton club. Il enregistre de nombreux thèmes qui vont marquer l’histoire du Jazz. De nombreux grands orchestres se produisent à cette époque Earl Hines, Don Redmann, Benny carter, Andy Kirk.
Le jazz vient de prendre un tournant définitif, les big bands vont faire swinguer l’Amérique.
Dans les années 30 l’europe réclame la venue du Jazz, Armstrong et Ellington entre autres font le voyage.
Et en 1934, 5 musiciens (3 guitaristes, un violoniste, et un contrebassiste) vont se réunir, conduits par un génie : Django Reinhardt et un jeune violoniste : Stéphane Grapelli.
Leur musique née de la rencontre de la musique Tzigane et du Jazz deviendra un style résistant à toutes les modes.

Swing: 1930-1945 (courant middle Jazz)

1933 fin de la prohibition, le Jazz peut alors s’exprimer au grand jour. Apparait alors le swing une musique enlevée sur un tempo assez rapide caractérisée par une pulsation régulière qui incite au balancement.
C’est la musique de la danse et des grands orchestres. Elle voit le jour en Californie avec Benny Goodman. Le grand orchestre qui mélange des musiciens noirs et blancs connait un grand succès et montre la voie à de nombreux autres orchestres dans le pays, parmi ceux-ci l’orchestre de Count Basie. On trouve de très grands solistes dans ces orchestres , Lester Young chez Count (sonorité sans vibrato et jeu legato) tout l’oppose à Coleman Hawkins le maitre de l’époque chez F. Henderson ( jeu staccato et vibrato puissant). On trouve E.
Fitzgerald chez Chick Webb et Dizzy Gillespie chez Teddy Hill. Ou encore Billie Holiday qui refuse les mélodies en vogue avec une technique vocale qui rappelle les saxophonistes, C’est aussi l’époque où de grands noms vont apparaitre entre autre Charlie Parker , Thelonious Monk.
Ces musiciens vont écrire une nouvelle page du Jazz : le Bop.
Parker ou le Bop (1940-1950)
1941 l’Amérique entre en guerre, cet évènement bouleverse bien entendu la vie des Américains et évidemment des Jazzmen. Cependant le jazz continue à résonner dans les cabarets de New-York. C’est l’époque des saxophonistes hurleurs très imprégnés de rythm & blues qui vont préfigurer le rock & roll.
C’est aussi l’époque où on commence à amplifier les guitares et les basses. Ces instruments commencent à prendre leur place dans les solos (Charlie Christian, Charlie Mingus).
A l’origine de ce mouvement Charlie Parker, un saxophoniste de Kansas city, en fait : un virtuose du saxophone, doté d’une sonorité forte et unique, capable de jouer des phrases compliquées sur des tempos endiablés. Il impose ce nouveau style : un tempo souvent très rapide, des phrasés dynamiques et
des grilles harmoniques très fournies.
L’improvisation devient l’élément essentiel du morceau.
Il faut citer les précurseurs de ce style hors C. Parker on trouve son comparse D. Gillespie, mais aussi T. Monk qui va développer son propre style , Bud Powell considéré comme l’alter ego de Parker pour le piano. C. Christian , C. Mingus et des batteurs qui vont amener beaucoup à ce style en cassant les rythmiques de base.

Post bop et Free jazz

C’est l’époque ou le jazz cesse d’être une musique de danse pour devenir une
musique à écouter. Le courant Bop né dans la polémique ne cessera d’ailleurs
jamais d’alimenter les polémiques. Certains spécialistes rejettent le Bop hors
du jazz car l’écriture Bop bouleverse tous les codes de l’époque.

Le cool west coast (1948-1955)

1945 C. Parker enregistre avec un jeune trompettiste à la sonorité épurée qui
va préfigurer le cool : Miles Davis.
Fin des années 40 un nouveau courant allant dans ce sens va naitre en Californie, il est essentiellement composé de musiciens blancs ( Stan Getz, Gerry Mulligan, Chet Baker,…) Ils jouent « relax » sans tension. On y trouve également une nouvelle écriture musicale on utilise la technique du contrepoint, la polyphonie, on s’oriente davantage vers la perfection sonore, la rigueur et la sensibilité.
Ce courant suivant l’ère du bop est donc principalement caractérisé par une expression musicale retenue loin de l’exubérance du Bop.

Le Hard bop ou la conscience noire (1955-1960)

En opposition au « cool west coast » des blancs, Le Hard bop (bop dur)
apparait, en effet dans les années 50 les problèmes raciaux s’aggravent, à côté
du mouvement pacifiste de martin Luther King, les « muslims » de Harlem
pratiquent un contre racisme parfois violent. Les musiciens de Harlem
penchent plutôt dans cette direction. Ce mouvement s’inscrit dans la
reconnaissance par les noirs américains de leurs origines, appelé Black is
beautiful (« Le Noir est beau ») : un retour aux sources de la musique, à
l’Afrique et au blues. Les morceaux de hard bop ont généralement
un tempo plus lent que le bebop. Les batteurs Max Roach et Art Blakey
apportent une contribution importante à ce mouvement, on y découvre
d’ailleurs pour la première fois des batteurs compositeurs.
Une première apparition des caractéristiques du hard bop se reconnaît dans
le quintette fondé en 1954 par le batteur Max Roach et le trompettiste Clifford
Brown, rejoints en 1955 par le saxophoniste ténor Sonny Rollins. Toutefois, on
considère que le premier représentant de ce style fut le groupe des Jazz
Messengers créé par le batteur Art Blakey et le pianiste Horace Silver en 1955.
Cette période du hard bop vit la création d’un formidable vivier de musiciens
de grand talent : Clifford Brown, Sonny Rollins, Horace Silver … et parmi eux le
saxophoniste John Coltrane considéré comme un mythe par certains. Très
mystique il recherche Dieu au travers de sa musique et veut créer un langage
universel, une musique qui serait toutes les musiques ! Vers la fin de sa carrière
il développe une musique de plus en plus libre qui sera parfois difficile à suivre.
Jamais aucun musicien n’est allé aussi loin. Disparu en 1967 il reste l’un des
musiciens les plus influents.

Le Free

1960 : période difficile pour les noirs , chomage important, sitting, marches,
émeutes souvent réprimées avec violence.
La communauté noire se replie sur elle-même et ses valeurs, c’est l’explosion
du rythm & blues ( Otis Redding , A. Franklin, J. Brown) qui touche les couches
les plus démunies de la communauté noire mais qui va rapidement séduire les
jeunes blancs des 2 côtés de l’Atlantique.
A l’opposé de ce courant un jazz subversif et libertaire se refuse à tout compromis : le free Jazz ou New thing ou free music. Toujours en 1960 Le saxophoniste Ornette Coleman enregistre un disque intitulé « Free Jazz » avec un double quartet où la règle est simple : improvisation totale. Le free jazz est l’art du rejet. Les musiciens en révolte contre le système politique et le racisme détruisent alors la musique elle-même : négation des rythmes, de l’harmonie de la mélodie et du son !

Que se passe-t-il aujourd’hui ?

Depuis la disparition de John Coltrane en 1967, le jazz n’a plus connu de bouleversements comme par le passé. Ceci ne signifie pas la décadence ou la mort de ce courant musical. Avec Coltrane et le free, la création était allée très loin et il fallait que ces bouleversements soient digérés par les musiciens et par le public. En cela les musiciens qui sont apparus après les années 60 sont plus devenus des interprètes de leurs prédécesseurs que de véritables créateurs.
En réalité le jazz s’est dispersé dans le monde et a continué à évoluer au contact d’autres cultures procédant par métissages.
En même temps cette musique a connu une certaine forme de reconnaissance : disques, lieux d’écoute, festivals, médias.
Le jazz s’est institutionnalisé, il est devenu une sorte de « musique classique ». Il est aujourd’hui codifié et enseigné dans les universités et les conservatoires.

Références :

a) Dictionnaire du Jazz
Auteurs : Philippe Carles, André Clergeat, Jean-Louis Comolly.
Editeur : Robert Laffont

b) Le Jazz
Auteur : Philippe hucher
Editeur : Librio – Flammarion

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